L’art équestre traditionnel espagnol se fonde sur la position du cavalier, assis profondément, jambes légèrement arquées pour rassembler son cheval et lui garder la rondeur qui soulignera ses mouvements légers et aériens, pour lui conserver son agilité à chaque manœuvre tout en lui laissant une grande latitude de déplacement et de vitesse.
A la fin du XVIIIème siècle, la vogue du cheval espagnol diminua tandis que le style équestre évoluait et que les académies classiques connaissaient une réelle désaffection. Toutefois, en Espagne, une activité permis de maintenir l’intérêt pour la race Andalouse, le rejoneo ou corrida à cheval. Le rejoneo est l’art de combattre les taureaux à cheval. Cet art dont on retrouve la trace dans des récits du XIIIème siècle était à l’origine pratiqué en Espagne et au Portugal. On chassait le sanglier sauvage et les petits taureaux que l’on tuait au javelot ou à la lance. Le combat de taureau à cheval était une évolution logique. Ce type de combat existe, sous diverses formes, depuis les Romains ; quant à l’admiration que l’homme porte au taureau qu’il jalouse pour sa force et sa puissance, on la décèle dans les cultes de Mithra à l’origine de la civilisation crétoise. Certaines lignées des plus beaux chevaux espagnols actuellement en vie remontent à ces importants combats de taureaux.

Les grandes familles d’Andalousie ont continué à élever des taureaux et des chevaux suivant la tradition ; des noms comme Concha y Sierra, Miura, Guardiola ou encore Domecq et d’autres sont associés aux plus braves taureaux et aux plus nobles chevaux d’Espagne.
Dans les grandes fermes d’élevage de taureaux, les chevaux étaient à l’origine utilisés pour accompagner le troupeau dans les champs. Ce travail consistait non seulement à conduire et à séparer les animaux mais aussi à éprouver les jeunes taureaux et à les poursuivre pour le marquage au fer rouge. La race jalousement préservée des chevaux andalous continue à être fièrement présentée par les éleveurs comme un symbole de noblesse.
La forme moderne du rejoneo date du début du XXème siècle. Les courses ont été peu à peu réglementées, jusqu’à se dérouler dans des plazas de taureaux réservées à cet effet, les mêmes que pour la corrida à pied.

L’un des grands précurseurs du rejoneo a été Antonio Cañero qui, en 1923, s’est présenté dans les arènes de San Sebastián vêtu du traje campero pour combattre des taureaux en respectant une réglementation qui n’a que peu évoluée.
Suivirent quelques rejoneadors devenus célèbres parmi lesquels Conchita Cintrón, d’origine Péruvienne, née au Chili en 1922, elle fut la première femme à devenir une figura du rejoneo, Álvaro Domecq, le Duque de Pinahermoso, Samuel Lupi, Manuel Vidrié, Javier Buendía, Fermín Bohórquez, Joao Moura, Ángel et Rafael Peralta, ou Eduardo Funtanet tué à Mexico le 16 mars 1997 par le taureau "Recuerdo" de la ganaderia Cerro Viejo.

Ces dernières années, la jeune génération de cavaliers a donné un nouveau souffle en révolutionnant le rejoneo pour le rendre plus créatif et encore plus spectaculaire.
A la tête de ces rejoneadors, Ginés Cartagena, venu de Benidorm, s’est rapidement hissé au premier rang de l’escalafón au milieu des années 80. Même si les puristes n’appréciaient pas toujours sa façon de mener ses montures, il faut bien reconnaître que Ginés Cartagena donna un regain de popularité à la corrida équestre. Le public s’arrachait les billets à chacune de ses apparitions. Ayant prématurément perdu la vie, fauché sur le bord d’une route, son neveu Andy s’est rapidement présenté comme son digne héritier.
C’était sans compter sur un autre cavalier hors-pair, devenu la figura incontournable du rejoneo depuis une dizaine d’années : Pablo Hermoso de Mendoza. Venu d’Estella, en Navarre, Mendoza n’a pas eu pendant longtemps de rival, mais les choses changent…

De nouveaux rejoneadors sont apparus, favorisant une saine competencia ! Parmi eux, Diego Ventura, triomphateur des plus grandes férias andalouses, mais aussi Álvaro Montés, Leonardo Hernández, les fils de Fermín Bohórquez et Joao Moura, Sergio Galán…
En France, le rejoneo est pratiqué principalement en Camargue. Marie Sara a fait une carrière honorable après avoir pris l’alternative à Nîmes des mains de Conchita Cintrón. Même s’il n’y a pas chez nous de grandes stars de cette discipline, notons toutefois que pas mal d’autres cavaliers ont foulé les pistes régionales et actuellement, Thomas Bacquet, venu du Sud-Ouest, semble le plus prêt pour prendre la relève. On remarquera aussi que, outre Marie Sara, de nombreuses femmes se sont dédiées à cette discipline : Marie-Pierre Callet, Patricia Pellen, Nathalie Gonfond, Julie Calvière…

Chaque rejoneador possède sa propre cuadra, composée de superbes montures reconnues par leur nom, certains étant demeurés célèbres, comme le légendaire Cagancho de Pablo Hermoso de Mendoza.
Ces chevaux tiennent un rôle particulier, le cheval de salida débute le combat depuis la sortie du taureau jusqu’à la pose du rejón de castigo, hampe de bois longue d’environ un mètre et munie d’une lame plate. Puis ceux utilisés pour les banderilles, un ou deux chevaux spécialisés dans la pose de banderilles longues ou courtes. Et enfin ceux montés pour la suerte suprême, moment où le rejoneador doit tuer le taureau avec le rejón de muerte, épée dont le manche de bois se casse d’un coup de poignet une fois la lame posée.
Ces chevaux-toreros portent en eux le génie du taureau, ils possèdent le sitio, le sens du placement dans le cercle de l’arène, l’art de mettre les sabots au bon endroit, de trouver le terrain face au taureau, pour s’approcher, s’enrouler et s’esquiver.
Toutefois, l’art du rejoneo nécessite de nombreuses heures de dressage et d’entraînement, le but étant que le cheval assimile parfaitement son rôle en ne faisant qu’un avec son cavalier : les rejoneadors sont parfois surnommés les Centaures.

Spectacle singulier, la corrida équestre peut se dérouler selon plusieurs configurations : trois cavaliers contre six taureaux (chacun combattant deux adversaires), quatre cavaliers affrontent six taureaux (un chacun et les deux autres "por colleras", c’est-à-dire en duo), seul contre six (plus rare) ou en corrida mixte (comprenant en général un rejoneador et deux matadors).
Comme la corrida formelle, elle se déroule en trois tercios (tiers), le premier consiste à attendre le taureau à la sortie du toril avant de l'éprouver au cheval pour la pose de farpas (harpons), le deuxième est réservé aux banderilles, de loin le plus spectaculaire et le plus souvent accompagné par la musique, le troisième tiers est celui de la mort.
Traditionnellement, le rejoneador est entouré de deux banderilleros dont le rôle est notamment de placer le taureau si le cavalier a du mal à y parvenir et de venir à son secours s'il se mettait en danger.
A l’issue de chaque faena, les récompenses octroyées sont les mêmes que pour les matadors : salut, vuelta, oreilles, queue…
La particularité de la corrida équestre dite « à la mode portugaise » (ou corrida portugaise) vient du fait que le taureau n’est pas tué en piste et qu’après la faena du rejoneador, les forcados viennent arrêter le taureau à mains nues. Un exercice très spectaculaire qui occasionne souvent des accidents chez les piétons !
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